| Dans un autre registre, Marie-Line Lepori, médecin du travail au CHU de Nancy souhaite lancer une réflexion sur le risque pour le personnel soignant amené à prendre en charge des patients porteurs de bactéries multirésistantes (BMR). Et si le soignant est porteur de BMR, quel est le risque pour lui-même ? s’interroge-t-elle également. Peu de données existent dans la littérature, signale-t-elle, insistant sur la nécessité de mettre en place des actions concertées tant auprès des patients, qu’auprès des soignants en matière de maîtrise de la résistance bactérienne aux antibiotiques.
Bilan biologique à l’embauche ?
Ainsi, en fonction des risques biologiques, chimiques, liés aux rayonnements ionisants, etc., ” des bilans biologiques devraient être réalisés à l’embauche pour protéger la santé des travailleurs et adapter leur poste de travail “, estime Guy Attal, médecin du travail à Marseille. ” Le pendant, poursuit-il, serait de définir l’aptitude au poste de travail. Mais pour cela, il faudrait recenser les dangers de chaque poste et détailler les tâches de chacun. ” Et d’ajouter qu’ ” il y a divergence entre les juristes pour lesquels l’aptitude semble bien être une sélection, et médecins du travail soucieux d’adapter le travail à l’homme et non l’homme au travail “. Pourtant, aujourd’hui, le médecin du travail hospitalier joue déjà le rôle ” d’expert “, constate Guy Attal, précisant qu’il peut aussi bien donner son feu vert à l’embauche comme mettre son veto (même si ce cas est beaucoup plus rare).
Un calendrier vaccinal annuel
Examens de biochimie, sérologies notamment pour le VHB mais aussi examens bactériologiques ou parasitologiques sont d’ores et déjà réclamés à l’embauche. ” Outre les grandes obligations qui persistent (d-T-P, hépatite B, typhoïde), le médecin du travail hospitalier a à pratiquer d’autres immunisations dont il aura à déterminer la nécessité médicale : vaccin contre la coqueluche, la rougeole, la varicelle, l’hépatite A, la leptospirose et la vaccination antigrippale “, explique Louis Léry, médecin du travail hospitalier aux Hospices civils de Lyon et président de l’ANMTEPH. Et d’ajouter que ” le calendrier vaccinal à révision annuelle et les recommandations du Haut comité d’hygiène publique de France permettent d’asseoir la politique vaccinale de nos établissements hospitaliers. ” Rendue obligatoire par la loi de financement de la sécurité sociale 2006, l’obligation de vaccination contre la grippe a été levée cette année, à la grande joie de l’Association nationale de médecine du travail et d’ergonomie des personnels dans les hôpitaux. Le vaccin devant être inoculé chaque année, cela revenait pour certains personnels à être vaccinés jusqu’à une quarantaine de fois dans leur carrière alors même que les effets de l’exposition à une telle succession de vaccinations sont mal connus. Selon Josette Juan, médecin du travail au CHU de Nîmes, ” l’obligation vaccinale annuelle pour les travailleurs du secteur hospitalier en période de grippe saisonnière n’est pas justifiée : elle le deviendrait par contre en période de pandémie grippale à virus mutant dès qu’un vaccin adapté au virus serait disponible. “
Les meilleures méthodes contre le risque infectieux restent donc la prévention : par le biais de la vaccination mais aussi grâce à l’utilisation de matériels de sécurité ou d’équipements de protection individuelle (EPI), qu’il faut bien évidemment adapter aux modalités connues de contamination. |