
Henri Mennecier, directeur de l’hôpital, a suspendu le docteur Rwamucyo jeudi 15 octobre (ph. F. Lo Presti)
La direction de l’hôpital a décidé la «suspension à titre conservatoire» d’Eugène Rwamucyo. Une mesure prise pour “éviter une dégradation du climat professionnel” au sein de l’établissement.
Une semaine après la révélation par La Sambre de «l’affaire Rwamucyo», telle qu’il est convenu de l’appeler aujourd’hui, la communauté hospitalière de Maubeuge est en émoi. Ils sont nombreux, parmi le personnel hospitalier, à avoir eu affaire au médecin du travail, suspendu par la direction de l’établissement jeudi 15 octobre. Nombreux à être passés entre ses mains et à se poser des questions. Une revient en particulier : comment ce médecin, soupçonné d’avoir participé au génocide rwandais de 1994, a-t-il pu obtenir ce poste ?
Le directeur, Henri Mennecier, a suspendu le médecin «à titre conservatoire» le jeudi 15 octobre, afin de préserver «la sérénité du climat professionnel». La veille, il nous affirmait toutefois : «Eugène Rwamucyo est diplômé, il a une carte de séjour. Vis-à -vis de notre établissement, il est en règle». Et comme il nous le confirmait ce 22 octobre : «si aucune décision, judiciaire ou administrative, interdit au docteur Rwamucyo d’exercer, je n’aurais aucun motif pour ne pas le réintégrer à son poste».
Du côté des syndicats, notamment Sud santé-sociaux, qui nous avait dévoilé la présence de ce médecin à Maubeuge, on ne décolère pas. Pour Bouchaïb Boukhaf, «la direction ne pouvait pas ignorer les graves accusations qui portent sur ce médecin. Toute nouvelle arrivée est soumise à l’approbation du conseil d’administration et un dossier est constitué pour présenter le postulant».
«On nous a caché des choses»
Le représentant syndical, lui-même membre du conseil d’administration, estime ainsi «avoir été floué. On nous a caché certaines choses lorsque l’on nous a présenté son dossier. Ou alors, toutes les informations n’avaient pas été collectées…».
Rémi Pauvros, maire de Maubeuge et président du conseil d’administration de l’hôpital, a pour sa part réclamé «une clarification de l’Etat». Il s’est en particulier interrogé «sur le fait qu’une telle personne puisse disposer d’une carte de séjour». Carte qui expirera en janvier 2010. «J’attends de l’Etat qu’il vérifie si ce monsieur est un criminel ou pas. S’il l’est, il n’a rien à faire ici, il n’a rien à faire en France» termine Rémi Pauvros.
Autre fait remis en cause dans ce dossier, le soutien qu’a reçu Eugène Rwamucyo pour sa régularisation. De la part du député-maire UMP de Phalempin Thierry Lazaro, notamment. L’élu était en effet intervenu afin de faciliter l’obtention d’une carte de séjour pour l’exilé rwandais. C’est d’ailleurs sur ce terrain que l’a attaqué un autre député, Marine Le Pen.
Eugène Rwamucyo a obtenu un permis de séjour en Belgique.
Pour sa défense, Thierry Lazaro explique avoir «été convaincu de la bonne foi d’Eugène Rwamucyo. A l’époque où il est venu me voir, en 2004 ou 2005, il ne m’a pas caché être recherché, mais m’a assuré n’y être pour rien dans toute cette affaire. C’est désormais à la justice de dire si cet homme est droit ou pas. Et si tout ça devait s’avérer exact, je serais horrifié. Mais je n’y crois pas». Quant à l’attaque dont il fait l’objet de la part de Marine Le Pen, l’élu ironise : «elle est la plus grande écolo de France : elle récupère tout ce qu’il y a à récupérer ! Plus sérieusement, je n’ai aucune leçon à recevoir d’une enfant gâtée, d’une héritière. Moi, j’ai usé mes fonds de culotte pour en arriver là où je suis. Je suis un fils du peuple, pas un fils à papa. Mais je constate qu’une fois encore, la question du racisme n’est pas loin».
Bien au-delà de Maubeuge, cette affaire a déclenché d’innombrables réactions, largement relayées par les médias français et étrangers. Cela signifie-t-il pour autant que l’Etat va revoir sa position vis-à -vis des exilés rwandais soupçonnés de génocide ?
Rien ne le laisse penser pour le moment.
En attendant, Eugène Rwamucyo vient de recevoir, en Belgique, un permis de séjour de cinq ans… Et selon une information de l’Agence France presse, publiée ce jeudi 22 octobre, le médecin a été condamné il y a un mois par contumace à la perpétuité par un tribunal populaire rwandais. Le jury a en effet conclu que le docteur Rwamucyo faisait partie d’ «un comité de crise qui a organisé et supervisé le génocide à Butare» en 1994.
Matthias Dormigny
Dans La Sambre du vendredi 23 octobre, les témoignages de deux infirmières de l’hôpital de Maubeuge.
Récupération politique : le FN crie au scandale
Marine Le Pen, député européen et conseillère municipale d’Hénin-Beaumont, monte une nouvelle fois au créneau en accusant cette fois-ci le député-maire UMP de Phalempin Thierry Lazaro d’avoir aidé Eugène Rwamucyo à obtenir une carte de séjour «sans même demander un minimum d’informations sur le bénéficiaire de ce coup de pouce».
Pour Marine Le Pen, «le comportement de Thierry Lazaro est indigne d’un élu de la République et démontre son irresponsabilité. Mais au-delà , c’est l’UMP qui doit s’expliquer dans cette grave affaire qui démontre une fois encore que la loi peut-être stoppée, accélérée ou contournée sur un simple coup de fil des élites». Elle conclut en se demandant «après les scandales Polanski, Mitterrand, Jean Sarkozy… aujourd’hui le scandale Rwamucyo, combien d’affaires de cette sorte les Français vont-ils encore découvrir ?»