Pieds et poings liés
décembre 13th, 2011 by cftcchsa

Les agences de notation pourraient bien finir, un jour, par avoir la peau de l’euro et du projet européen. Au prix de nombreux renoncements, qui pourraient se traduire par davantage d’austérité, les chefs d’État et de gouvernement, réunis à Bruxelles les 8 et 9 décembre, ont fini par trouver un compromis et ont ainsi sauvé la construction européenne… hormis la Grande-Bretagne qui a décidé de faire cavalier seul. Jusqu’aux prochains assauts de ces organismes, qui font la pluie et le beau temps sur la planète et prennent en otages la vie de milliards d’êtres humains. À la veille de ce Sommet européen, les agences de notation avaient tour à tour placé sous surveillance quinze pays de la zone euro (sur dix-sept), puis l’ensemble des États membres de l’Union européenne. Il n’est d’ailleurs pas dit que, malgré cet accord qui demeure fragile, elles ne mettent leurs menaces à exécution. Cela signifierait concrètement que, pour financer leur déficit et leur dette, les Vingt-sept seraient obligés d’emprunter à des taux prohibitifs aux conséquences terribles sur la croissance, l’emploi, la consommation des ménages et l’investissement des entreprises, la paupérisation de nos sociétés…
Il faut dire que ce sont nos gouvernants eux-mêmes qui leur ont tendu le bâton pour se faire battre. En s’interdisant dans les traités européens de recourir aux banques centrales pour financer leurs déficits à des taux proches de zéro, les gouvernements ont été contraints de recourir aux marchés financiers, donc de se livrer pieds et poings liés aux agences de notation qui, de fait, fixent les taux d’intérêt en fonction des risques encourus, non pas par les populations, mais par une minorité de spéculateurs. Cela ne peut plus durer.
Il est temps, pour les États, garants de la cohésion sociale, de reconquérir leur indépendance à l’égard d’organismes qui ne regardent que l’intérêt de la finance. Pour ce faire, la CFTC propose d’abroger l’interdiction faite aux États de se financer auprès de leur banque centrale. Et puisqu’il faut faire des économies, nous proposons au gouvernement l’arrêt du paiement de la cotisation de la France aux agences de notation. Est-ce bien normal que nos impôts permettent à ces agences d’exister, alors que dans leurs décisions le volet social est systématiquement occulté ?
Pascale Coton
Secrétaire générale
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